The Birth of a Nation est le récit authentique de la rébellion des esclaves menée par Nat Turner aux Etats-Unis, peu avant la guerre de Sécession. Dès le plus jeune âge, Nat est un garçon éveillé et cultivé, qui grandit à travers les yeux aimants de sa mère et de sa grand-mère. Il apprend à vivre avec la peur au ventre, la mort, le danger permanent. Adulte, il en paiera lui-même les frais en voyant son épouse se faire agresser par des paysans blancs ou son maître, autrefois bienveillant, plonger dans l’alcool et les sévices naissantes.
Sachant lire, Nate devient prêcheur pour esclaves, et se retrouve confronté aux horreurs et à la torture de maîtres voisins peu scrupuleux.
The Birth of a Nation aborde la difficulté à subir l’impuni, à regarder celui qui devrait être notre égal d’un œil faussement élevé.
La caméra se glisse à travers les personnages, suit chacun d’entre eux dans leurs gestes, leur sensibilité, leurs regards. Cette immersion nous rend subtilement compte de l’atrocité de certains agissements, sans parfois les filmer. Nate Parker créé une tension implicite et un sentiment d’injustice chez Nat et chez le spectateur. La révolution découle de plusieurs événements qui créés une ascendance de l’horreur et la rende presque nécessaire.
Mais comment être l’initiateur d’un tel mouvement ? Comment combattre le crime si ce n’est par le crime aussi ? The Birth of a Nation est un long-métrage à l’esthétique captivante qui nous plonge dans l’Histoire pour nous confondre avec le présent. Le réalisateur et acteur principal du film nous propose une histoire pure, dégrossie de toutes les fables et anecdotes historiques, et prend soin de ne pas condamner les maîtres ni de victimiser les esclaves. Il montre les hésitations, la trahison, le doute du côté des deux parties. La mère de Benjamin Turner, maître de Nat, supporte amèrement le poids d’être détentrice de femmes, hommes et enfants. Benjamin Turner se perd dans l’ivresse et la soif de reconnaissance de la société jugeant qu’un employeur qui met d’égal à égal ses esclaves est un homme faible. Ainsi, le mal et le bien se confondent et permettent de tracer une histoire qui sort des schémas manichéens et des points de vue des films qui traitent du même sujet comme le récent 12 years a slave, ou encore Glory et Amistad. Et au sein même d’une révolution peuvent se créer des divergences et des incompréhensions, provoqués par la peur du changement.
Le fil rouge entre le bien et le mal porte un message qui fait le succès de ce film : qu’aurions-nous fait, à leur place ? Qu’aurions-nous fait si nous avions été maîtres, ou si nous avions été esclaves ? Et si The Birth of a Nation n’est pas un film ordinaire, c’est précisément parce qu’il fait émerger le doute chez le spectateur devant un tableau a priori indiscutable. Il ne condamne pas mais explique les raisons de actions de ses personnages.
Mêlant influences africaines et américaines, ce long-métrage remet d’actualité les questions universelles de nos racines et notre identité, et le combat mené au nom d’une humanité égalitaire. À voir.
Abd Al Malik, artiste engagé, a tenu à être le porte parole de ce film vécu comme un profond bouleversement. Présent à l’avant-première presse et grand-public, il nous raconte sa rencontre avec Nate Parker, et le message qu’il souhaite transmettre à la plus large audience possible. Interview prochainement.
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