Star hollywoodienne au parcours sans faille, Élisabeth Sparkle (Demi Moore) est désormais à la tête d’une émission de fitness suivie par des millions de téléspectateurs. Mais le temps fait son œuvre, et celle qui pensait échapper aux effets de l’âge se voit brusquement renvoyée à sa réalité : celle d’une femme quadragénaire dont la carrière touche à sa fin. La gloire doit faire place à la jeunesse. Et si Élisabeth trouvait un moyen de prolonger encore un peu son règne sous les projecteurs ?

Une substance contre les affres du temps
Et si un fluide à s’injecter nous permettait de créer une version plus jeune, plus belle, plus affirmée de soi-même ? Sue (Margaret Qualley) est cette version pour Élisabeth. Elle ose, explore sa féminité, semble vivre avec la fougue qu’Élisabeth a peu à peu abandonnée. Le film interroge notre rapport au corps et à la vieillesse, dans un monde qui accélère alors que notre capacité à suivre le rythme s’amoindrit. Cette quête insatiable de perfection entraîne Élisabeth dans des troubles dissociatifs, rappelant le personnage de Nina dans Black Swan ou celui de Dorian Gray. Cherchant l’acceptation dans le regard de l’autre, Élisabeth/Sue s’enfonce dans une solitude noire, une course sans fin, à l’image du tunnel de Kubrick dans The Shining qu’elle traverse sur son lieu de travail. Les références sont donc multiples, on pense aussi à Requiem for a dream et l’aliénation qu’à la télé sur les personnes influençables. L’étoile d’Hollywood est immortelle. Nous, non. Il ne restera donc que le nom.



Une loupe sur la perversion de notre société
Dans un univers à la fois dystopique et terriblement actuel, Coralie Fargeat crée un cinéma de genre organique, au plus près du son et de la matière des objets qu’elle filme. Elle va au plus près du réel, de l’âme des objets, Cette approche pousse le spectateur à éprouver une compassion intime pour ces “freaks”, ces personnages séparés de la masse lisse. D’abord centrée sur la dichotomie jeunesse et vieillesse, l’intrigue glisse doucement vers un thriller, mais en l’assaisonnant d’un second degré aussi déroutant que délectable. Un parti pris rafraîchissant, rendant à la fois hommage aux classiques du genre (Stephen King, Hitchcock, Kubrick, Cronenberg) avec des bains de sang et de l’horreur-gore, et aux films plus contemporains comme ceux de Julia Ducournau ou de Nicolas Winding Refn.
Attention certaines scènes peuvent choquer le public sensible (le film est interdit aux -12 ans).
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Photographies © MUBI Deutschland
© Pour le dire
