De sa rencontre avec le théâtre en amateur dans la vingtaine, aux auditions vers une voie professionnalisante avec l’ENSATT, Thomas Poulard nous raconte son parcours de comédien et metteur en scène. En 2023, il crée l’Assemblée, à Lyon, terreau fertile de ses créations depuis vingt ans.
Bonjour Thomas Poulard. Merci de prendre le temps d’échanger avec Pour le dire. Tout d’abord, pouvez-vous nous raconter votre parcours et le berceau de la création de l’Assemblée, à Lyon 3e ?
Thomas Poulard : J’ai un parcours un peu étonnant pour le milieu car j’ai découvert le théâtre très tard. Je n’allais pas au théâtre enfant ou ado. Je l’ai rencontré à 21 ans, à Paris, où j’habitais à l’époque. J’ai commencé par prendre un cours par semaine, le samedi matin. Puis j’ai pris des cours du soir, en semaine, au Théâtre national de Chaillot en cours amateurs. Je me suis aperçu très vite que ça me plaisait. Que j’aimais ça. On m’a encouragé, aussi.
Vous démarrez donc les auditions pour intégrer une école de théâtre professionnalisante, alors âgé de 24 ans ?
Thomas Poulard : Tout à fait. Il y avait une voie royale : les écoles de théâtre nationales, publiques mais limitées à un certain âge. Il me restait une année pour présenter ce type d’écoles. J’ai été pris à l’école de la Rue Blanche, à Paris, devenue aujourd’hui l’ENSATT et qui est toujours une école . La même année de mon audition, qui a été concluante, l’école déménage à Lyon. Je déménage donc avec elle. J’avais 24-25 ans, peu d’expériences d’acteurs, et ça a été un véritable coup de boost d’intégrer cette formation. Les professeurs venaient d’univers différents, proposaient des disciplines variées.
Vous faites donc trois années à l’ENSATT, à Lyon, quittant donc la capitale. Aviez-vous pour projet d’y retourner ou les années à Lyon vous ont donné envie de poursuivre l’aventure ici ?
Thomas Poulard : En tant que pur parisien, j’hésitais en effet à retourner sur la capitale. J’ai considéré que c’était plus intéressant de rester à Lyon. D’abord, parce que la région Auvergne-Rhône-Alpes a une forte tradition du théâtre depuis maintenant soixante-dix ans. On pense au TNP de Planchon, la Comédie de Saint-Etienne de Jean Dasté… Je me suis dit que c’était intéressant de faire son nid ici.

Thomas Poulard à l'Assemblée - Photo : Pour le dire / Clara PasseronAussi, sûrement, parce que votre réseau professionnel était désormais dans la Région et non plus à Paris ?
Thomas Poulard : Oui, quand on intègre une École Nationale Supérieure, on se fait ses armes et son réseau au sein même de l’école. Très vite, une fois diplômé, j’avais des propositions de travail à Valence, à Saint-Etienne, à Lyon, à Grenoble… Je suis donc resté, et cette histoire dure depuis vingt ans maintenant.
En sortant d’une école professionnelle à 28 ans, étiez-vous alors plus avancé sur votre propre idée du théâtre ? Saviez-vous quel théâtre vous vouliez défendre ? Jeune public, grand public, expérimental, solo performance…
Thomas Poulard : J’ai eu la chance, et je considère vraiment cela comme une chance, de continuer à apprendre le théâtre en pratiquant. J’ai pu jouer dans des spectacles pour enfants, des spectacles tout public, certains étaient accessibles, d’autres un peu moins. J’étais en troupe, avec quinze camarades. Puis parfois j’étais seul sur scène. J’ai vraiment tout exploré en dix ans. Puis au bout d’un moment, on sent qu’on aspire à d’autres choses. Je me suis intéressé à la production de spectacles, à la mise en scène. Pour moi, l’acteur est celui qui se met au volant d’une voiture et on lui demande d’arriver au bout, dans un carcan défini. Je me suis dit : “Qu’est-ce que ça donne, si je commence à créer ? A définir ce qu’il y a, autour ?”
Vers qui vous tournez-vous, pour cette première création ?
J’ai eu une opportunité de création avec une compagnie déjà constituée, qui s’appelle la Compagnie du Bonhomme. J’ai fait un premier spectacle qui a tourné dans le réseau des théâtres de ville de la Région Auvergne-Rhône-Alpes avec un spectacle qui s’appelait Triptyque.com ou… ma langue au diable. Sur ce projet il y avait des auteurs et autrices comme Gilles Granouillet, Sarah Fourage, Sophie Lannefranque.
Pendant quelques années j’ai donc à la fois joué et mis en scène des spectacles. Il y a eu une rencontre littéraire forte un auteur suisse-allemand, contemporain de Beckett et Ionesco : Friedrich Dürrenmatt. J’ai monté trois pièces issues de ses œuvres. J’en suis à ma septième mise en scène aujourd’hui.
Et tout comme votre passage de comédien à metteur en scène, vous avez eu à nouveau cette envie de nouveaux challenges ?
Thomas Poulard : Après plusieurs créations montées, j’avais à nouveau envie d’aller plus loin. Il y a eu un appel à candidatures pour proposer un projet artistique pour ce lieu, rue Saint-Eusèbe dans le 3e arrondissement de Lyon. J’ai eu l’idée de “L’Assemblée, fabrique artistique” qui se voulait être un espace de création, un lieu de répétition et qui puisse former des acteurs et actrices.
Y avait-il un manque, à Lyon, de ce type de structures ?
Thomas Poulard : Lyon a la réputation, encore aujourd’hui, d’être une ville de grosses Maisons, d’institutions culturelles établies. On la considère un peu comme bourgeoise, et frileuse d’accueillir des nouvelles structures, plus alternatives. On parlait tout à l’heure du TNP de Planchon, mais il y a aussi le théâtre des Célestins, le TNG CDN, la Maison de la Danse, l’Opéra de Lyon…. J’avais envie de créer un lieu intermédiaire, plus proche du modèle originel des Maisons de la culture qui donnaient accès à la fois au répertoire théâtral sur scène, mais aussi permettait de pratiquer le théâtre, en amateur.
Que diriez-vous à un jeune ou une jeune qui souhaitent approcher le théâtre, qui peut parfois être boudé par le grand public, jugé parfois élitiste ou peu accessible ?
Thomas Poulard : Pour moi, le théâtre est une ouverture sur les gens. Mais il souffre de beaucoup de clichés. Déjà, il n’y a pas qu’un seul théâtre. Il y a des centaines, des milliers de propositions artistiques. Il suffit de trouver le théâtre qui nous ressemble. Quand on va voir un film, par exemple, et que l’on en ressort déçu. On ne se dit pas “le cinéma, ce n’est pas pour moi”. Pourtant, nous sommes beaucoup plus critiques et définitifs sur le théâtre. Il y aura évidement des pièces qui ne nous plairont pas, que l’on jugera ratées. Mais cela fait partie du risque d’être spectateur. Il faut recommencer, comme quand on retourne en salles de cinéma ou qu’on regarde un autre film sur une plateforme.
L’Institution, elle-même, fait parfois peur et impose une certaine distance entre spectateurs et artistes.
Thomas Poulard : C’est vrai qu’il y a un côté temple du théâtre. C’est pour ça qu’il est difficile aujourd’hui de dire que le théâtre est populaire car il y a tous ces clichés à abattre et que l’on ne peut ignorer. Mais ça fait quand même mille ans que ça dure, et a priori il n’y a pas de raisons pour que ça s’arrête. Le théâtre, c’est deux, trois, quatre personnes qui se parlent. Qui nous racontent quelque chose. Il n’y a pas besoin d’artifices, de caméras, de projecteurs. C’est la chose la plus rudimentaire et banale qu’il soit : raconter des histoires. Et je pense que cela aura toujours sa place. C’est à la fois archaïque et très perfectionné, très élitiste et à la fois très populaire. C’est un beau paradoxe.
On voit aussi depuis plusieurs années que les Institutions ont à cœur de proposer des petits prix pour les étudiants, adultes moins de 30 ans, demandeurs d’emplois… Avec des prix qui commencent à 5 ou 7 €. Ce qui est aujourd’hui deux fois moins cher qu’une place de cinéma.
Thomas Poulard : Et pour 5€, on peut voir des comédiens et comédiennes sur scène jouer pour nous, en sortie de résidence ou en tournée nationale. Le théâtre est aussi un lieu de rencontres, d’échanges. On peut discuter en après-spectacle avec la troupe, poser des questions aux comédiens. C’est aussi un moyen d’enlever les barrières entre les artistes et le grand public, car l’artiste n’est pas un être à part. Lui aussi se cherche, se plante, réussit. On peut leur demander pourquoi ils ont eu envie de raconter cette histoire ? La sortie de résidence se prête évidemment beaucoup à ce type d’échanges à l’Assemblée.
Une manière donc, d’effacer le fossé – au sens figuré mais aussi propre, entre public et scène – entre les comédiens et le public.
Prochains événements de l’Assemblée :
Que (nous) reste-t-il? dans le cadre de la Biennale d’art contemporain 2024
Du 21 septembre au 7 octobre 2024
Desorden de Justine Berthillot (Tout public)
Le 3 octobre 2024 à 19h30
Le soleil brille pourtant dehors Sortie de résidence de la Cie Maison vague (Tout public)
Le 10 octobre 2024 à 19h30
Toutes les choses géniales de Thomas Poulard avec la Cie du Bonhomme (Tout public dès 12 ans)
Du 16 au 18 octobre 2024 à 20h
La nuit labyrinthe Cie La seconde tigre / Pauline Laidet (Jeune Public dès 7 ans)
Du 5 au 7 novembre 2024
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Interviewé : Thomas Poulard
Intervieweur-Journaliste : Pour le dire / Clara Passeron
© Pour le dire
