Cher Paul Auster. Pourquoi la trilogie New-yorkaise ? Pourquoi pas un autre roman ? Je sens dans l’écriture de ces trois romans que vous les avez écrits à quelques années près à l’âge que j’ai et que les personnages traversent les questionnements dans lesquels je me trouve aujourd’hui.

Ainsi commence la lettre d’Igor Mendjisky écrite à Paul Auster, en août 2022. Le comédien et metteur en scène est alors chargé de plusieurs choses et l’envie profonde d’adapter sur scène ces trois romans qui forment une trilogie New-yorkaise : Cité de verre, Revenants et Chambre Dérobée ; devient une évidence. Entouré d’une troupe de comédiens et comédiennes avertis – Pascal Greggory, Ophélia Kolb et Thibault Perrenoud, entre autres – Igor Mendjisky entreprend le pari osé d’adapter ces polars vertigineux dans le fond et dans la forme.

D’abord, s’attaquer à Paul Auster c’est comme s’attaquer à un monument. “À la fois colossal et précieux” comme dirait Ponge. Mais l’intime est finalement universel : ici les questionnements troublants d’hommes qui se racontent. L’un est écrivain, l’autre est détective, mais personne ne détient la vérité. Dans la mise en scène de ces trois volets, Igor Mendjisky choisit de faire danser ses acteurs dans une valse de personnages qui changent au gré de l’histoire. Parfois en chœur, parfois seuls, les protagonistes s’égarent et nous égarent en même temps. Un vrai jeu de piste commence.

Difficile de juger l’écrit quand ce sont les mots d’un autre. Alors si l’on s’attaque au palpable, à la création, on pourra d’abord saluer la mise en scène d’un décor de New-York, où la ville, ses lampadaires, ses bancs, ses feuilles mortes sur la chaussée, habite l’espace comme un personnage à part entière. Deux plateaux superposés jouent le rôle d’un immeuble, où montent et descendent nos personnages. Deux plateaux superposés incarnent un immeuble dans lequel montent et descendent les personnages, créant une dynamique d’urgence, de va-et-vient constant, d’apparitions et de disparitions. Les phrases des comédiens filent, au rythme de leurs pas. Si bien que, le fil, on le perd parfois. Si l’œuvre de Fanshaw dans La Chambre Dérobée devient le monstre d’un autre, La Trilogie New-yorkaise deviendrait-elle celui d’Igor Mendjisky ? 

Nous décelons la connexion charnelle qu’il entretient avec ces personnages, ces récits, et plus philosophiquement les pensés qui les traversent. Difficile alors de trier, tant on voudrait tout dire, tant l’hommage est grand. Peut-être alors que cette trilogie vaudrait une pièce pour chaque volet ? 3h50 de spectacle peuvent sembler longues pour tenir en haleine un spectateur sur autant de folies douces et d’enquêtes dans l’enquête. 

Une pièce audacieuse, intrigante dans ses imperfections mêlées à ses moments de grâce. 3h50 aussi nuancées qu’un roman d’Auster.

Au Théâtre de la Ville de Paris jusqu’au 30 novembre 2024

Photographies © Christophe Raynaud de Lage
© Pour le dire