Créée en mai 2006, Vollmond (“pleine lune”) est l’une des dernières œuvres de Pina Bausch avant sa disparition en 2009. Sur le plateau, une grande roche, un cours d’eau, une pluie torrentielle. Les éléments propices au romantisme et au mythe sont déjà posés. 

On pense à Narcisse, par ces jeux de miroirs aquatiques, et aux figures mythologiques de l’amour impossible ou perdu. Mais Pina Bausch renverse ces récits : elle ne cherche pas à raconter une histoire, mais à nous faire ressentir l’éclatement des émotions humaines dans un monde où les éléments eux-mêmes semblent danser.

En deux temps, Vollmond déploie une dramaturgie de la métamorphose : de la candeur, avec des femmes vêtues de robes diaphanes aux teintes pastel, à l’embrasement, avec des costumes plus sombres, des gestes plus nerveux. Le romantisme s’efface, ou plutôt se transforme. Le duo amoureux semble se rencontrer réellement, quittant l’état de fascination. Norbert Servos, spécialiste de son œuvre, écrivait que “chez Pina, la femme ne cherche pas à séduire : elle cherche à être.” Cette quête irrigue toute la pièce.

Vollmond est un orage. La chorégraphe assume une forme éclatée, mouvante, traversée de fulgurances. On y pénètre avec fascination, on en ressort bouleversé. Ce n’est pas une pièce que l’on comprend, c’est une pièce que l’on traverse. On aimerait y retourner, comme l’on retourne près d’une source familière. Continuer de puiser, dans le chaos, un peu de clarté.

VOLLMOND de PINA BAUSCH & TANZTHEATER WUPPERTAL au Théâtre de la Ville de Paris – Sarah Bernhardt (Grande Salle) jusqu’au 23 mai 2025

Photographies © TANSSIN TALO Helsinki
© Pour le dire