Hamnet est un roman de Maggie O’Farrell publié en 2020. La réalisatrice Chloé Zhao s’en empare pour une nouvelle œuvre, après son très beau Nomadland (critique ici) sorti en 2021. Lorsque l’on entend le nom Hamnet accolé à celui de William Shakespeare, on songe immédiatement à Hamlet, l’une de ses tragédies les plus célèbres.
William et Agnès se rencontrent dans la campagne anglaise, près de Londres. Ils s’aiment passionnément et ont trois enfants : Susanna, Judith et Hamnet. La réalisatrice construit un décor bucolique, empreint d’une végétation dense et verdoyante, de plantes médicinales, d’ustensiles en bois et d’une maison à colombages. L’immersion est totale dans cet univers où opère une certaine forme de magie, voire de sorcellerie. Agnès est une femme mystérieuse et mystique, qui choisit de ne pas rejoindre immédiatement son mari à Londres, où il écrira ses premières pièces.
Chloé Zhao pose un regard tendre sur ses comédiens et comédiennes, si bien que l’on rit au début des cabotinages de Paul Mescal, à la sympathie débordante et que l’on peine à voir grimé en auteur du XVIᵉ siècle. Mais la réalisatrice détourne la caméra de l’auteur célèbre pour s’intéresser à la femme : celle qui tient la maison, élève les enfants, tout en cultivant l’amour profond qui unite ces deux amants. Ce portrait de femme forte, en marge par son lien intime avec la nature et les remèdes médicinaux, est d’une poésie absolue. La photographie, sublime, accompagne le récit, et la musique de Max Richter vient soutenir les moments de drame. À tel point que, dans le dernier tiers du film, il devient difficile de contenir une larme.
Sans rien dévoiler de l’intrigue, on peut dire que Hamnet est une œuvre de spiritualité moderne, le récit d’une vie en marge, d’autant plus difficile à assumer quand on est une femme. Le film évoque aussi la difficulté de faire son deuil lorsqu’on est un homme à qui l’on a appris à “être fort”, “être courageux”, à ne pas laisser déborder ses émotions. William Shakespeare inscrit son drame personnel dans une œuvre universelle, Hamlet, tandis que Chloé Zhao nous invite, toutes et tous, à garder notre cœur ouvert, envers nous-mêmes comme envers les autres.
“What would mama say?
-To keep your heart open.”



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