9 comédiennes âgées de 30 à 70 ans nous racontent le récit de femmes ayant connu la guerre. Pilotes, infirmières, combattantes : elles témoignent, à travers le temps, de l’horreur et de la dignité. Elles les partagent il y a plus de quarante ans à Svetlana Alexievitch, une jeune femme ukrainienne qui démarre ce recueil de vies à la sortie de l’université. Elle deviendra ensuite Prix Nobel de littérature. Julie Deliquet s’empare de cette œuvre marquante pour l’autrice, pour l’Histoire, et qui résonne cruellement avec notre actualité. 

D’emblée, le dispositif marque : des femmes sont sur le plateau, assises, d’abord, et nous fixent. Elles veulent dire. Mais le peuvent-elles ? Elles connaissent la charge des mots, elles voient encore toutes ces images. L’horreur de la guerre. Toutes les comédiennes respirent, même dans l’assise. C’est un travail au présent qui se construit. Julie Deliquet, qui a travaillé avant sur Welfare, une œuvre issue d’un documentaire traitant des centres sociaux, connaît bien cette idée de temporalité. Le temps est à la fois imposé par le fond, et une forme en elle-même. On sait pourquoi cela s’étire, et ce n’est pas pour faire grandir le pathos, mais bien pour nous plonger, nous spectateurs, dans la lente et insidieuse atrocité qui ronge les os de chacune. On pense alors à The Brutalist, sorti plus tôt cette année au cinéma, qui par sa durée de 3h35 montrait tacitement cette lente horreur du mépris et du rejet du juif d’après guerre.

Comme dans une agora, ces femmes portent leur voix. Le récit se coupe, sans qu’il n’aille parfois au bout, car il fait resurgir d’autres images. Julie Deliquet travaille cela avec les comédiennes : elles ont chacune leur texte, mais le plus important est l’urgence de témoigner. Chaque représentation est donc une nouvelle partition, un nouveau récit qui s’articule. 

La guerre n’a pas un visage de femme est un spectacle à voir et à diffuser, pour que ces récits continuent leur écho. 

Voir La guerre n’a pas un visage de femmes en 2025-2026 :

Théâtre Gérard Philipe, CDN de Saint-Denis – du 24 sept au 19 oct.
Théâtre National de Nice – 8 et 9 janvier
MC2 Grenoble – 14 et 15 janvier
Les Célestins, Lyon – du 21 au 31 janvier
Comédie de Saint-Étienne – 4 et 5 février
Théâtre de Lorient – 10 et 11 février
Comédie de Genève – du 18 au 20 février
Malraux, Chambéry – 25 et 26 février
Théâtre Dijon Bourgogne – du 3 au 7 mars
Comédie de Caen – 11 et 12 mars
Le Grand R, La Roche-sur-Yon – 18 et 19 mars
L’Archipel, Perpignan – 27 mars
Théâtre de la Cité, Toulouse – du 31 mars au 3 avril
Comédie de Reims – du 8 au 10 avril
La Ferme du Buisson, Noisiel — 14 avril
Espace Marcel Carné, Saint-Michel-sur-Orge – 17 avril
Nouveau Théâtre de Besançon – 22 et 23 avril
La Rose des vents, Lille Métropole – 28 et 29 avril
Équinoxe, Châteauroux – 5 mai

Photographies © Christophe Raynaud Delage
© Pour le dire