L’art Dupieux

Quand on sort d’un Dupieux, on ne sait pas vraiment quoi dire… Ni comment réagir. Ni même : quoi ressentir. Dupieux à l’art et la manière de brouiller nos radars de cinéphiles. Nous ne savons pas s’il faut crier au génie de l’absurde ou à l’absurde connerie. Mais Dupieux sait y faire et parsème toujours dans ses scénarios quelques critiques acerbes sur la classe moyenne, sur son milieu d’artiste, et sur les artistes eux-mêmes. Il glorifie le simplet et dézingue l’intellectuel. Bref, il contrebalance tout ce que nous pensons du cinéma, déjà en se moquant de la tendance actuelle à la rallonge… Même s’il passe, avec Deuxième Acte, à un long-métrage d’1h20. Soit l’un de ses plus longs.

Dans Le Deuxième Acte, les comédiens Léa Seydoux, Louis Garrel, Vincent Lindon, Raphaël Quenard et Manuel Guillot jouent des comédiens peu appliqués à la tâche. Les dialogues leur échappent et commencent alors des vraies discussions autour de leur condition d’artistes, s’exécutant sans grande passion. Un quatrième mur s’ouvre alors sur nous, spectateurs, qui admirons penaud la dégringolade cynique de ces acteurs que l’on encense. 

Critique sociale acerbe et fantaisiste

Quentin Dupieux continue donc sur le chemin de Yannick par une mise en abyme de l’art et de l’artiste. Sommes-nous vraiment heureux, quand on vit de sa passion ? Continuer à exercer son métier de comédien est-il une négation de la réalité ou un moyen de résistance face à l’horreur ? Peut-on, ainsi, encore rêver ou faire rêver ? Et qu’en est-il du spectateur

Les dialogues sont, comme toujours, fuselés, insolents, débités comme l’on jetterait à qui veut bien l’entendre le fond de sa pensée. Les comédiens se prêtent aussi au jeu de la mise en abyme par leur façon de jouer : entre mots crus et regard de miel quand on dit “tournez”, entre sourires candides et abjecte cruauté. On ne sait plus quoi en penser, et c’est bien là que Le Deuxième Acte nous saisit – ou nous rend otage – de sa rythmique jusqu’au bout. Le Deuxième acte est-il au présent ou à la sortie de la salle obscure ?

Moins succulent mais toujours plaisant, ce dernier Dupieux jongle avec audace sur des sujets de fonds (l’homme ou l’artiste, les agressions sexistes et sexuelles banalisées, les jeux de pouvoir entre les anciens et les nouvelles têtes montantes). Rien de bien nouveau pour une partie de la nouvelle génération sans doute éveillée à ces sujets brûlants, mais toujours intéressante à diffuser au plus grand nombre. Ça me rappelle un blockbuster de l’été 2023, tiens. À voir. 


Photographies : ©  Chi-Fou-Mi Productions – Arte France Cinéma
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